La reconstruction après l’ouragan Fiona

2 janvier 2024
rebuilding-after-fiona-article.jpg
Dans l’obscurité, à l’aube du 24 septembre 2022, Matt Barrett a pris sa lampe de poche et son courage à deux mains et s’est aventuré dehors pour aller voir son troupeau de vaches laitières.

Matt était resté éveillé toute la nuit à écouter les vents hurlants de l’ouragan Fiona. La tempête était déjà un ouragan de catégorie 4 lorsqu’elle s’est abattue sur la province canadienne de l’Île-du-Prince-Édouard, où la famille Barrett vit et travaille sur une exploitation agricole depuis les années 1800.

Avec la pluie et des vents de 120 mi/h (193 km/h), Fiona avait coupé 95 % du réseau électrique de l’île. Incapable de dormir, Matt s’inquiétait de plus en plus pour son troupeau de vaches laitières qui se trouvait dans l’étable à stabulation libre d’à côté.

Les vaches de la famille Barrett ne sont pas un troupeau ordinaire. Connues sous le nom de vaches laitières shorthorns, elles viennent d’une ancienne race mixte dont les vaches pouvaient être élevées comme vaches laitières ou vaches à viande. De nos jours, elles sont principalement élevées pour la production de lait. La famille Barrett élève cette race patrimoniale depuis trois générations.

Sous le nom d’Oceanbrae Farms, les vaches de la famille Barrett sont considérées comme le meilleur troupeau de vaches laitières shorthorns au Canada. Depuis plusieurs années, elles se classent également en première position selon l’Indice de profit à vie des vaches laitières shorthorns au Canada. 

De même, la famille Barrett est très connue de partout au Canada et dans le monde entier pour ses animaux reproducteurs. Oceanbrae Farms abrite le troupeau de vaches laitières shorthorns le mieux classé au Canada selon la moyenne de la classe de la race depuis de nombreuses années. Ils vendent leurs vaches de qualité supérieure à des acheteurs dans toutes les provinces canadiennes et dans plusieurs États américains. Des embryons d’Oceanbrae Farms sont également exportés aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande. La famille Barrett a obtenu à deux reprises la prestigieuse reconnaissance de Maître-éleveur délivrée par la Canadian Milking Shorthorn Society. 

Bien qu’il ne comptait que 75 vaches, le troupeau généalogique d’Oceanbrae Farms était presque irremplaçable. Juste avant le lever du jour, Matt s’est dirigé vers l’étable. Son père, Fred, n’a pas tardé à le rejoindre.

Un danger bien présent
Armés de leurs lampes de poche brillant dans l’obscurité, les deux hommes ont pu constater que les vents puissants avaient arraché des morceaux du toit de l’étable. Des lustres pendaient au-dessus de leur tête et certains étaient déjà tombés au sol. Quelques-unes des cloisons intérieures de l’étable avaient bougé. Des débris volaient dans les airs.

« Les vaches étaient blotties à l’arrière entre les stalles », se souvient Matt. « Elles avaient très peur. »

Lui et son père ne savaient pas quoi faire. Est-ce qu’ils devaient pousser les vaches dans l’aire d’attente en prévision de la traite? Ou devaient-ils plutôt se réfugier dans le bureau voisin? Soudain, ils ont entendu un grand fracas. 

« On a vu la grange se plier comme un accordéon devant nos yeux », décrit Matt. « Tout est tombé comme des dominos. De l’avant à l’arrière, une étable de 230 pi (70 m) venait d’être prise en sandwich. »

Lorsque l’étable s’est effondrée, les murs et le toit sont tombés sur les rambardes et les barrières des stalles, ce qui a par miracle empêché la structure d’écraser Matt, son père et leurs vaches. 

« Nous sommes reconnaissants que personne n’ait été blessé », indique Matt.

Faire preuve de résilience pour la reconstruction
L’ouragan Fiona est la tempête la plus puissante et la plus destructrice de l’histoire du Canada. Elle a remodelé les côtes, déraciné des milliers d’arbres, détruit des bâtiments et causé au moins deux décès dans la province de l’Île-du-Prince-Édouard. Il faudrait des mois à la province pour restaurer ses infrastructures.

Oceanbrae Farms a subi d’importants dommages matériels. La plus grande perte a été l’étable à stabulation libre, qui venait d’être construite en 2019. Il a fallu repartir de zéro et tout reconstruire. La salle de traite et le bureau voisin, ainsi que d’autres structures de la ferme, ont subi des dommages, mais sont restés fonctionnels. Des arbres déracinés et des débris à nettoyer jonchaient les 700 acres (283 hectares) de l’exploitation. Les travaux de reconstruction ont commencé. 

« Notre chargeuse compacte sur pneumatique New Holland a servi tous les jours », indique Matt. « C’était une partie importante du processus de nettoyage et de reconstruction. Nos tracteurs New Holland ont transporté des débris, démoli les gravats et les décombres, et déchargé des camions et des fournitures pour la reconstruction. »

La famille Barrett a trouvé quatre « fermes d’accueil » dans la province qui était prête à s’occuper de leurs précieuses vaches laitières shorthorns. Avec l’argent de l’assurance, ils ont reconstruit l’étable à stabulation libre au coût de 1,4 million de dollars. Au printemps 2023, la nouvelle étable était sur pied et le troupeau primé de la famille Barrett a pu rentrer au bercail, au-dessus de la baie de Malpèque. 

Aujourd’hui, la vie est revenue à la normale sur l’exploitation de Oceanbrae Farms. Toute la famille, notamment la mère de Matt, Margaret, sa femme, Chandler, et son frère, Ryan, participe. Ils s’occupent des vaches shorthorns et de l’élevage de 35 bovins à viande de pure race Simmental (veaux et vaches). Avec l’aide d’un employé et d’un étudiant d’été, les Barrett produisent également du maïs, de la luzerne, de l’orge  et des fourrages.

Planifier l’avenir
Les vaches shorthorns sont de nouveau en pâturage permanent, et pâturage en rotation avec de la luzerne et des graminées de mai à octobre. La luzerne de qualité est essentielle au régime alimentaire du troupeau. Selon Ryan, l’agronome de l’exploitation, la priorité est d’avoir un sol sain. Par exemple, la famille Barrett plante des cultures de couverture d’automne après la récolte pour accumuler de la matière organique dans  le sol. Ils ont également construit des structures d’érosion des sols qui favorisent un bon drainage et la conservation des sols.

Le lait de haute qualité de l’exploitation est toujours exporté

à Amalgamated Dairy Ltd., une coopérative de transformation de l’île. « Notre ratio lait/ matières grasses nous permet d’obtenir un rendement plus élevé pour notre lait », précise Matt. « C’est la raison pour laquelle on est attachés aux vaches laitières shorthorns. »

Il reste néanmoins des défis. La main-d’œuvre est difficile à trouver. Les coûts des intrants sont élevés. Tout doit être expédié sur l’île, ce qui augmente encore les prix. Matt ajoute : « Depuis l’ouragan, tout a été très mouvementé et on est encore un peu dans le brouillard. »

Mais, tout comme ils le faisaient avant l’ouragan Fiona, la famille Barrett continue de planifier l’avenir. Ils gardent un œil sur les demandes du marché et des consommateurs. Ils restent proactifs et gèrent une exploitation durable. Ils font progresser leurs recherches sur la génétique des vaches laitières. Ils y voient une occasion d’agrandir leur troupeau.

Ils ont notamment changé le type d’étable à stabulation libre lors de la reconstruction après l’ouragan Fiona. La nouvelle construction est une étable en bois traditionnelle avec une forte résistance au vent et à la neige. L’extérieur du bâtiment a une fondation en béton. L’espacement entre la ferme de toit et les poteaux est étroit, et il y a également un contreventement triangulaire en acier. Le cadre de la structure de l’étable de 2019 était en acier, et le toit et les murs étaient recouverts de bâches en tissu. Cette conception visait à augmenter la ventilation de l’étable pendant les étés humides. Elle n’avait toutefois aucune chance face à l’ouragan Fiona, aussi rare que soient ces ouragans dans la province de l’Île-du-Prince-Édouard. Matt n’oubliera jamais sa force destructrice et comment lui, son père et son extraordinaire troupeau de vaches laitières ont failli perdre la vie. 

« Plus aucune bâche sur l’étable », précise Matt. « On peut toujours remplacer une étable, mais on ne peut pas remplacer une vie. »
DÉCOUVREZ LES DERNIÈRES NOUVELLES
Dernières nouvelles de New Holland
AFFICHER TOUT
Magazine New Holland Insider
from-gps-to-autonomy-2.jpg

Du GPS vers l’autonomie

Perspectives d’un agriculteur de l’Iowa sur la technologie numérique pour l’agriculture de précision.
Magazine New Holland Insider
technology-takes-the-field-article-2.jpg

La technologie gagne du terrain

Machines intelligentes et pratiques de production avancées dans la vallée de la Salinas en Californie
Magazine New Holland Insider
idaho-farmer-embraces-crop-diversity-article (1).jpg

Un agriculteur de l’Idaho adopte la diversité des cultures

La famille produit de la luzerne, des céréales, des pommes de terre et de la paille.